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Fr Notes Utiles / Féminisme

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"Une de mes professeures de littérature au secondaire nous avait donné une belle définition du féminisme ; c’était, disait-elle, exiger l’égalité entre les hommes et les femmes. Simplement."
Fabien Loszach

Le féminisme tend à être représenté dans les œuvres de l'une de deux façons : des hystériques mettant le feu à leurs soutifs, ou de vagues déclarations d'indépendance féminine. Bien entendu, le féminisme est un mouvement bien plus complexe.

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Une bonne comparaison serait celle d'une religion majeure, telle que le Christianisme. Tous deux ont un message essentiel, mais il existe de nombreuses subdivisions et sous-groupes avec des avis différents sur la façon d’interpréter et mettre en œuvre ce message, et certains de ces groupes ne s'entendent pas entre eux. Il existe littéralement des dizaines de groupements au sein du mouvement féministe, qui se divisent les uns des autres pour des raisons allant des droits sur l'avortement, à l'association du féminisme avec les mouvements LGBTQ/antiracisme/etc., à l'ampleur réelle du problème de discrimination sexuelle.

Il n'y a, au final, que trois concepts communs à tous les mouvements féministes :

  • Les femmes doivent disposer de droits économiques et légaux égaux à ceux des hommes, tels que le droit de voter ou de gérer leurs propres finances.
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  • Les femmes doivent être en droit de choisir la carrière qu'elles désirent, et avoir un salaire égal à celui d'un homme effectuant le même travail avec le même niveau de compétence.
  • Le consentement mutuel est absolument requis pour toute activité d'ordre sexuel.

Et même ces points peuvent être sujet à débat. Tout comme pour la religion ou la politique, tout le monde a ses propres expériences et préjudices.

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Contexte : PATRIARCAT

"Comment un homme peut décider de devenir une femme ? C'est comme gagner à la loterie et se faire rembourser le billet."
—Natalie Figueroa, Orange Is The New Black, "Traitement de faveur refusé"

Le féminisme est apparu en réponse au statu quo au sein des sociétés humaines. Ce statu quo était que la plupart (voire l'ensemble) des cultures au fil de l'histoire considéraient que les hommes valaient mieux que les femmes. Les raisons exactes variaient d'une culture à une autre (plus forts et plus aptes à la guerre, moralement supérieurs, plus intelligents, subvenant mieux aux besoins de leur famille, sexuellement agressifs ou sexuellement modérés), mais l'hypothèse inhérente résultante était que les hommes étaient le genre supérieur. Ces raisons résultèrent également en un ensemble de Double Standards concernant les comportements des hommes et des femmes, sans compter une solide distinction entre des schémas "Toujours Masculins" et "Toujours Féminins". Les féministes désignent l'ensemble de ces idées sous le nom de "patriarcat".

Aujourd'hui, notamment grâce au féminisme, l'idée que les hommes sont le genre supérieur n'est plus aussi inhérente, quand elle n'est pas tout bonnement inversée. Le Père des Années 1950 s'est mué en Schéma Périmé pour laisser place au Père Empoté ; l'idée de la chasse en tant que fondement du pouvoir économique d'un individu est depuis longtemps majoritairement révolue ; et l'idée que Les Hommes Sont Tous Obsédés est tournée en dérision. Mais dans l'étendue où cette notion existe encore, elle amène avec elle un certain nombre de Sous-Entendus Malheureux. Après tout, si les hommes sont meilleurs que les femmes, alors les femmes sont pires que les hommes... et il est donc normal de leur dire de rester à la cuisine, de les forcer à enfanter, ou de les considérer comme de simples récompenses pour le héros. Et effectivement, au sein de certaines cultures, dire ces choses ces non seulement considéré comme "normal", mais comme vertueux. Les féministes défendent ainsi l'idée que le patriarcat est la racine d'un grand nombre de problèmes affectant les femmes, et leur cause première est de lutter contre celle-ci.

De plus, les féministes affirment que la patriarchat est bien plus répandu et subversif qu'on ne le considère généralement. On peut par exemple considérer la transformation du Père des Années 1950 en Schéma Périmé. Elle coïncide avec l'apparition du schéma "Les Femmes Sont Plus Sages". Alors que les représentations des femmes sont devenu de plus en plus terre-à-terre, celles des hommes sont devenues de plus en plus stupides ; après tout, les hommes ne peuvent être ce que sont les femmes, et si les femmes sont présentées comme intelligentes, alors les hommes doivent être présentés comme stupides ; d'où l'apparition du Père Empoté en tant que nouvelle norme. Cela ajoute une nouvelle strate au féminisme : le fait qu'il soit insultant pour les hommes qu'ils aient à être présentés comme des idiots. Le patriarchat est dommageable pour les hommes comme pour les femmes. À quel point les féministes se doivent de lutter contre les Double Standards portant atteinte aux hommes est un sujet controversé, certains considérant qu'il s'agit d'un même combat, tandis que d'autres considèrent que les femmes étant bien bien plus oppressées que les hommes, elles se doivent d'être la priorité. Accepter l'idée que le patriarchat peut affecter les hommes est bien moins controversé ; il s'agit d'une des idées de base de la plupart des branches féministes.

Histoire du féminisme

En un sens, le féminisme est une notion ancienne. On peut trouver des traces de femmes s'affirmant comme indépendantes et égales aux hommes aussi loin que le VIe siècle avant J.C. (la poétesse Sappho), ce qui rendrait le féminisme Plus Vieux Que le Féodalisme. On peut aussi trouver des œuvres typiquement féministes à de nombreuses époques, telles que Le Roman de Silence, du XIVe siècle, dont le personnage d'Eufemie est distinctement subversive, ce qui rendrait le féminisme Plus Vieux Que l'Imprimerie. On trouve également des féministes notoires durant la Révolution Américaine, tels que l'iconoclaste Thomas Paine et Abigali Adams (qui fut très contrariée que son mari, le président John Adams, n'ait pas suivi son conseil en s'assurant que les femmes soient décemment représentées par la Constitution), bien que, évidemment, ils ne se désignaient pas comme "féministes". Des écrivains tels que Mary Wollsonecraft et Olympe de Gouges ont également écrit de premiers essais féministes, critiquant les penseurs et radicaux des Lumières qui faisaient abstraction des droits des femmes ; de Gouges proposa même d'accorder aux femmes le droit de vote, en faisant potentiellement le premier appel notoire au suffrage des femmes. Elle fut guillotinée pour avoir critiqué le régime de la Révolution Française.

Au final, il est admis que le féminisme a connu ses début en tant que mouvement organisé et conscient de soi durant la seconde moitié du XIXe siècle. Les historiens s'accordent généralement à dire que le féminisme en soi a débuté avec la Convention de Seneca Falls de 1848 à New York. Certains progrès avaient cependant déjà eu lieu auparavant ; l'éducation égale pour les femmes était déjà sujet à débat depuis plusieurs décennies, et le droit de propriété pour les femmes avait été proposé plusieurs fois déjà.

Comme on peut s'y attendre de la part d'un mouvement philosophique, politique et social ayant existé depuis plus de 150 ans, le féminisme a évolué depuis ses débuts. Il s'est étendu, développé, et s'est adapté aux changements politiques et culturels. Le féminisme a également appris des travaux des grands esprits qui ont étudié le genre et ses relations avec le reste de l'expérience humaine, explorant des possibilités et construisant un vocabulaire afin de mieux les comprendre. Ainsi, on divise généralement le féminisme en trois vagues.

  • Première vague féministe : La Convention de Seneca Falls comprenait une "Déclaration de sentiments" construite sur le modèle de la Déclaration d'indépendance de 1776, soulignant les nombreuses injustices envers les femmes au sein de la loi états-unienne. Le féminisme est né en partie de l'urbanisation et de l'industrialisation grandissante des États-Unis à l'époque. De plus, le féminisme était fermement restreint par le revivalisme religieux balayant les États-Unis et les questions morales de l'époque telles que la tempérance et surtout l'abolition. Ainsi, la première vague était principalement centrée sur les droits de la femme dans un cadre professionnel, le traitement égal vis-à-vis de la loi, et tout particulièrement le suffrage universel. Alors que l'on attendait autrefois de la femme qu'elle soit au centre des tâches ménagère et constitue un modèle de féminité, les femmes de la première vague étaient particulièrement vocales et actives, s'engageant dans des professions à risques (Nellie Bly se consacra elle-même à exposer les conditions déplorables des asiles psychiatriques) et et dans le militantisme politique, et furent parfois même emprisonnées pour leur comportement "inapproprié".
  • Deuxième vague féministe : Apparue dans les années 1960, la seconde vague s'est développée au sein des mouvements anti-guerre et du mouvement pour les droits civiques. Considérant que les femmes n'avaient atteint que l'égalité des droits politiques, les féministes devinrent plus radicales, et se désignaient effectivement comme "féministes radicales", bien que le terme est une signification très différente aujourd'hui. Au sein d'une culture débordant d'idées nouvelles sur les structures sociales, politiques et économiques, le féminisme s'est également penché sur de nouveaux problèmes, souvent d'un point de vue marxiste. Il en résulta des concepts tels que le "patriarcat", l'"oppression", ou l'"hétéro-normativité". Le rôle des femmes au sein du foyer, de l'environnement de travail et des relations sexuelles fut analysé en détail, de même que la culture considérant ces choses comme acquises. Les féministes de la seconde vague se concentrèrent sur des formes plus subtiles de discrimination, telles que les salaires inéquitables, les méthodes d'embauche et de promotion discriminatoires, l'abus conjugal, les difficultés d'accès à la contraception et à l'avortement, et le mépris envers le divorce et les parents célibataires (en particulier pour les femmes). Ce sont les féministes qui ont prétendument brûlé leur soutiens-gorge et cessé de s'épiler, les féministes qui ont pris d'assaut des professions à dominance masculine, les féministes dont se souviennent les médias. La première vague était dominée par des femmes blanches et aisées (avec cependant des voix significatives de femmes noires), mais la seconde vague tira de plus en plus d'autres mouvement également proéminents à cette époque, récupérant non seulement des idées mais également des membres des mouvements pour les droits civiques et les droits des homosexuels.
  • Troisième vague féministe : La troisième vague est apparue au milieu des années 1990, avec les courants de pensée post-modernes et post-colonialistes. Sur la base des idées avancées et développées au fil des trois décennies précédentes, les penseurs féministes ont reconnu de nombreux problèmes au centre de la seconde vague féministe. Bien que la seconde vague soit né au sein du terreau culturel des années 1960/1970, et ait visé à inclure les femmes lesbiennes et de couleur, le fait est qu'elle était majoritairement représentée par des femmes blanches et hétérosexuelles. De plus, il y avait alors une forte mentalité "nous contre eux" tendant à aliéner les alliés et féministes potentiels, ainsi qu'à entretenir les divisions au sein du féminisme lui-même. Par exemple, le refus de certains penseurs féministes d'accepter les formes alternatives de sexualité comme autre chose que de l'objectivation, en particulier le bondage et la soumission ; de considérer que les hommes pouvaient être des alliés, uniquement des oppresseurs patriarcaux ; d'accepter que d'autres femmes pouvaient avoir vécu des expériences différentes, et que ces expériences faisaient partie d'une image plus large et nuancée de l'oppression. La troisième vague cherche à atteindre l'empouvoirement des femmes en reconnaissant qu'elles sont libres de choisir leur propre voie, et que leur choix exprime leurs propres valeurs et désirs en tant que femme. La troisième vague féministe lutte contre l'objectivation tout en promulguant l'expression personnelle ; elle s'oppose activement à la nature dangereuse et traumatisante des agressions sexuelles tout en promulguant la culture pro-sexe et le consentement mutuel ; elle lutte contre l'oppression patriarcale et démontre par la même occasion que ce même patriarcat porte également atteinte aux hommes. Enfin, la troisième vague recherche activement à être inclusive et intersectionnelle, reconnaissant que l'oppression peut prendre de nombreuses formes et affecte différentes personnes de différentes façons (ethnie, handicap, sexualité, classe sociale, religion, etc...).

Différent courants féministes

En plus des trois vagues, divisées par périodes temporelles, le féminisme est intérieurement divisé sur les questions de quels problèmes sont les plus importants et de quelle est le réelle racine des inégalités de genre.

  • Féminisme radical : Un terme regroupant toutes les formes les plus militantes de féminisme, et également la plus incomprise. Associer les formes les plus actives de féminisme radical avec les mouvements quasi-fanatiques "anti-hommes" et "anti-sexe" a fini par être la cause de l'apparition du stéréotype négatif englobant le féminisme dans son ensemble. Les mouvements féministes radicaux voient les problèmes auxquels sont confrontés les femmes comme résultant du patriarchat, et la plupart d'entre eux voient le reste des luttes sociales comme découlant de celle-ci (tandis que la plupart des autres mouvements féministes voient le patriarchat comme faisant partie d'un plus grand système d'inégalités) ; de ce fait, l'égalité ne peut être atteinte que par le démantèlement total du patriarcat et des restrictions de genre qui y sont associées. La plupart des féministes radicaux s'opposent à le pornographie, qu'ils considèrent comme oppressif envers les femmes, et d'autres formes de sexe telles que la prostitution, la plupart supportant actuellement le modèle scandinave, c'est-à-dire la punition du client mais pas du prestataire. Bien qu'autrefois très populaire, le mouvement anti-pornographie a été très critiqué ces dernières années comme étant 'anti-sexe', bien que ce ne soit pas le but de la plupart de ses défenseurs. D'autres féministes radicaux ont été accusées d'ignorer les problèmes de classe, d'ethnie, et d'orientation sexuelles, tandis que d'autres ont exprimées des vues perçues comme transphobes.
  • Féminisme marxiste : Les féministes marxistes voient la source de l'oppression féminine ne pas dans le concept de patriarcat, mais dans la structure inégale de l'économie capitaliste. Pour cette raison, ils voient les luttes pour la justice des genres et la justice économique comme inséparables. Ils considèrent que l'égalité des genres ne peut être atteinte qu'en supprimant le capitalisme.
  • Féminisme socialiste : Un recoupement du féminisme radical et du féminisme marxiste, qui voit le capitalisme et le patriarcat comme deux systèmes se renforçant mutuellement, l'un permettant l’existence de l'autre.
  • Féminisme libéral : Le féminisme libéral rejoint le féminisme marxiste dans l'idée que la source de l'oppression féminine est économique, mais n'est pas anti-capitaliste. Il se pose plutôt comme objectif de briser le "plafond de verre" des institutions économiques, qui fait que les hommes ont plus facilement accès aux professions politiques et d'entreprise plus haut placées et cantonne les femmes aux positions de subordonnées. Il s'agit probablement de la forme la plus répandue de féminisme dans le contexte actuel, se concentrant sur les choix individuels des femmes, bien que le féminisme radical reste dominant dans les milieux académiques et activistes.
  • Womanisme: Le womanisme tourne son attention vers l'expérience des femmes et filles d'origine africaine. Selon ce courant, le féminisme devrait prendre en compte la question du racisme autant que celle de sexisme. L'auteure bell hooks est une des figures proéminentes de ce courant.
  • Féminisme lesbien : Le féminisme lesbien tourne son attention vers les femmes LGBTQ, et incorpore des éléments de la théorie queer dans le discours féministe. Il tend également à fortement s'inspirer de la philosophie postmoderne et vise à déconstruire les idées fixées sur ce que signifie être une femme. Le livre "Trouble dans le genre" de 1990 par Judith Butler est un bon récapitulatif des idées soutenues par le féminisme lesbien et la théorie queer dans son ensemble, bien que son jargon hautement académique rendent sa lecture notoirement difficile. Il existe également une minorité de féministes lesbiens qui réfutent la théorie queer et adoptent le "lesbianisme politique", c'est-à-dire le fait de se séparer des hommes pour des raisons politiques. Cette sous-division se recoupe plus avec le féminisme radical que le féminisme lesbien.
  • Écoféminisme : L'écoféminisme met l'accent sur la relation de la femme avec la nature et défend les valeurs supposément féminines de l'écologie, tout en luttant contre la vision du monde androcentrique traitant supposément la Terre comme une chose qui se doit d'être exploité et dominé, de la même façon patriarcale que les hommes traitent les femmes. D'autres philosophes environnementalistes, en particulier dans l'écologie sociale, ont critiqué le fait que l'écoféminisme postule que les femmes auraient une connexion fondamentalement plus profonde avec la nature que les hommes, du fait que la plupart des aspects "féminins" de la nature soient simplement codé plutôt que genrés par nature. Sans compter le fait que de nombreux écoféministes se rapprochent des croyances du Nouvel-Âge, beaucoup vénérant même la Terre Mère.
  • Anarcha-féminisme : L'anarcha-féminisme voit l'oppression des femmes comme une forme de hiérarchie sociale basée sur le pouvoir, parmi de nombreuses autres telles que le racisme, l'homophobie, la transphobie, le capitalisme, et l'étatisme. Il s'oppose à tous ceux cités ci-dessus et considère que se battre contre l'une de ces hiérarchie ne suffit pas tant que l'on ne les voit pas comme un réseau d'oppressions multiples se renforçant mutuellement.Cette idée est celle de l'"intersectionnalité", et connaît également des applications en dehors des problèmes de genre. L'auteure américano-russe Emma Goldman est considérée comme la marraine de cette école de pensée.

Idées fausses répandues autour du féminisme

Toutes les féministes sont des femmes.

De manière générale, la réponse est non ; la plupart des féministes sont en accord sur le fait que les hommes devraient soutenir la cause féministe, ou tout du moins ne pas l'opposer. Cependant, à quel point ils devraient la soutenir varie selon les personnes.

Certaines femmes féministes considèrent que, tout comme il est possible pour des hétérosexuels de soutenir le mariage homosexuel, ou pour des non-Juifs d'être contre l'antisémitisme, il est entièrement possible pour des hommes de se considérer féministes. Certains hommes connus soutenant la cause féministe incluent Alan Alda, Joss Whedon, Kurt Cobain, Hayao Miyazaki, Henrik Ibsen, John Stuart Mill, Linkara et la plupart de ses collègues, Frederick Douglass, L Frank Baum, le Premier Ministre canadien Justin Trudeau, et le Président état-unien Barack Obama. Même le Dr. Eggman est décrit comme un féministe dans le livret de Sonic Heroes.

Cela dit, il existe un courant de pensée opposé qui proclame que si les hommes peuvent (et devraient) soutenir le féminisme, ils ne devraient pas être des féministes, parce que le féminisme est (ou devrait être) un mouvement de femmes résolvant leurs propres problèmes, sans avoir à se tourner vers les hommes pour le faire pour elles. Selon ce courant, être féministe est privilège purement féminin ; à moins d'avoir été oppressé comme l'ont été les femmes, une personne n'a pas le passif nécessaire pour être féministe. Les hommes de ce courant se décrivent comme "pro-féministes", et sont nommés "alliés masculins" par les femmes du mouvement. Il est reconnu que cela peut être perçu comme un Double Standard en soi.

Toutes les féministes sont lesbiennes.

Le lesbianisme a eu un rôle important au sein du mouvement féministe dès ses débuts ; des féministes homosexuelles ou bisexuelles proéminentes incluent Andrea Dworkin, Valerie Solanas, Simone de Beauvoir, Julia Serano, Camille Paglia, et Mary Daly. Cependant, un grand nombre de féministe sont hétérosexuelles ; en fait, il est probable que la plupart le soient, ne serait-ce que parce que l'homosexualité ne concerne a priori qu'environ 10% de la population. Il y a également des hommes féministes ou pro-féministes, des féministes asexuels, des féministes transgenres, et des féministes de n'importe quel autre genre ou sexualité que l'on puisse imaginer.

Certains auteurs féministes (en particulier dans les années 1970, lorsque le mouvement avait encore peu acquis) ont suggéré qu'il pourrait être impossible d'atteindre une véritable égalité au sein d'une relation hétérosexuelle tant que le sexisme serait présent au sein de la société. Cette idée fut cependant fortement discutée même à l'époque, et l'obligation morale de refuser toute relation sexuelle avec un homme n'a absolument jamais fait partie des dogmes du féminisme.

Toutes les féministes sont des gouines aux jambes poilues qui détestent le maquillage et les talons aiguilles.

Pour autant que les féministes détestent le message que "les femmes se doivent d'être belles et gracieuses" dont la société et les médias les bombardent en permanence, ce qui les dérange au sein de celui-ci est "doivent". Certaines féministes choisissent de rejeter les standards de beauté répandus en signe de protestation, et certaines adhèrent à l'idée que Les Vraies Femmes Ne Portent Pas de Robe. D'autres considèrent que valoriser des valeurs traditionnellement masculines (comme ne pas se préoccuper de son apparence) par rapport à des valeurs traditionnellement féminines (comme porter des robes et du maquillage) est au final plutôt anti-féministe en soi. La plupart des féministes modernes pensent simplement que les hommes et les femmes devraient être tout autant libres les uns que les autres de choisir à quel point ils se préoccupent de leur apparence.

Le féminisme a été créé dans les années 1970.

Le mouvement a certes gagné en cohérence durant les années 1970... Mais en se concentrant sur n'importe quelle période durant laquelle la discrimination envers les femmes était répandue (c'est-à-dire toutes), on peut trouver du féminisme — ou, tout du moins, quelque chose qui y ressemble. Le mot féminisme est apparu en 1865 ; le mouvement des "suffragettes", composé de femmes britanniques revendiquant le droit de vote, est apparu en 1865 ; Christine de Pisan écrivait des œuvres féministes depuis déjà le XVe siècle. Si l'on considère que les hommes peuvent être féministes, et u'il n'est pas besoin de se décrire comme féministe pour l'être, alors le premier féministe pourrait bien être Euripide (ceci dit, certains de ses contemporains le considéraient comme misogyne, même selon les standards grecs). Pour ce qui est d'actes féministes, les romains de l'antiquité étaient répugnés par la façon dont les grecs antiques traitaient les femmes.

Les féministes pensent que les hommes et les femmes sont strictement identiques.

La plupart des féministes admettent qu'il existe des différences entre les sexes. Bien que des déclarations comme "les hommes ont en moyenne 60 à 100% plus de puissance musculaire dans le haut du corps" peut mener à des débats si elles sont mal énoncées ou interprétées, la majorité des féministes concèdent que oui, la plupart des hommes ont une force physique supérieure à celle de la plupart des femmes. Ce qui pose vraiment problème aux féministes sont les idées que :
  • Ce qui s'applique à un sexe est universel et ne peut pas s'appliquer à l'autre. ("N'importe quel homme est physiquement supérieur à n'importe quelle femme, invariablement, sans aucune exception.")
  • Les différences entre les sexes sont un prétexte à la discrimination. ("Les femmes ne sont pas aussi fortes que les hommes, elles ne devraient donc pas avoir le droit de pratiquer un métier nécessitant de manipuler des objets lourds." ; ou même "Les femmes ne sont pas aussi fortes que les hommes, elles ne devraient donc pas avoir le droit de pratiquer un métier.")
  • Ne pas correspondre aux attentes d'un sexe est une excuse pour se moquer. ("Tout homme plus faible qu'une femme est un tocard, toute femme plus forte qu'un homme est une bête de foire.")

De même, les féministes se demandent souvent à quel point certaines différences supposées (par exemple, le fait que les filles soient plus douées en lecture et les garçons en mathématiques) sont effectivement des différences innées, et à quel point elles résultent de la pression sociale (par exemple, les filles ont peur de s'adonner aux mathématiques, ou les garçons refusent de passer du temps à lire, car ils ne veulent pas se comporter de manière "inappropriée" pour leur sexe, et/ou sont convaincus qu'ils s'en sortiront mal à cause de leur sexe). La plupart des féministes ne nient pas la possibilité qu'il existe de réelles différences psychologiques innées entre les sexes, mais ce que sont exactement ces différences est sujet à de nombreux débats même parmi les experts qui consacrent leur vie à l'étude de tels faits.

Les féministes désapprouvent également l'attribution à des individus d'un certain genre de traits de caractère pouvant provenir d'autres origines, comme des réactions humaines naturelles. Par exemple, si une femme pleure parce que son père est mort, mais que les gens qui la voient pleurer assument qu'elle ne contrôle pas ses émotions parce que "c'est une femme". On pourra rétorquer que ce genre d'erreur d'attribution des causes comportementales pourrait arriver à n'importe qui ; c'est vrai : il s'agit d'un préjugé psychologique connu sous le nom d'erreur fondamentale d'attribution.

Et pour compliquer le tout, il existe un courant de pensée à part entière (qui, encore un fois, est loin d'être le plus répandu actuellement) portant le nom de féminisme différentialiste, qui considère qu'il existe des différences réelles, significatives et biologiques entre les hommes et les femmes, et que le féminisme ne devrait pas chercher à faire en sorte que les hommes et les femmes soient traités de la même façon, mais à s'assurer que les traits féminins ne soient pas dévalués par rapports aux traits masculins.

Les féministes sont frigides, détestent le sexe, et veulent empêcher toute instance de fanservice ou de pornographie.

Les féministes ont du mal avec les schémas pornographiques promulguant une vision dégradante ou haineuse des femmes (Esclave Sexuel, Le Plaisir Justifie le Viol, Le Viol C'est de l'Amour, ...), et avec les façons dont l'industrie pornographique exploite les femmes qui y travaillent. Certains (plus fréquemment dans les années 1970 qu'aujourd'hui) pensent effectivement que la pornographie objective intrinsèquement les femmes et est de ce fait invariablement misogyne note . D'autres féministes, en revanche, pensent qu'il faudrait plutôt réaliser de la meilleure pornographie, qui présente le sexe comme une activité où les désirs des deux partenaires sont d'une même importance ; Gloria Steinem utilise les termes "pornographie" et "érotisme" pour différencier les deux.

Il y a un consensus plus général autour du fanservice : les féministes affirment généralement ne pas être contre la présence de femmes sexy dans les médias, mais n'apprécient pas que cela mène souvent à une objectivation, favorisant le rinçage d'œil par rapport au développement de personnage. À quel point cela s'applique en pratique varie d'un féministe à un autre. En tous les cas, la plupart des féministes apprécient tout à fait le sexe, et celles qui ne l'apprécient pas l'approuvent néanmoins. Il existe même un mouvement entier, nommé féminisme pro-sexe, qui se concentre principalement sur la mise en avant d'une vision positive et valorisante de la sexualité, et les féministes travaillant dans l'industrie pornographique considèrent que leur travail est une forme d'empouvoirement et prônent une ouverture d'esprit vis-à-vis de ces professions auprès du féminisme et du reste du monde.

Les féministes détestent les hommes, pensent que les femmes valent mieux que les hommes, et considèrent que les femmes devraient avoir plus de pouvoir que les hommes.

Le féminisme visant à opposer le patriarcat, et le patriarcat ayant pour idée centrale le fait que les hommes valaient mieux que les femmes, il est aisé d'assumer, par relation transitive, que le féminisme doit correspondre à 'exact inverse. Mais ce n'est pas forcément le cas. Les femmes blâmant réellement les hommes pour l'ensemble de tous les problèmes existants sont qualifiées de "misandres", et la plupart des féministes modernes désapprouvent ce point de vue.

La majorité des féministes ne pensent pas que le sexisme est quelque chose que l'ensemble des individus masculins infligent à l'ensemble des individus féminins ; le problème perçu est celui du "patriarcat", qui est un concept bien plus nébuleux, répandu et intangible. La culture est insidieuse : les femmes peuvent agir (et agissent fréquemment) de façons supportant le patriarcat, et les hommes peuvent lutter (et luttent) contre celle-ci. Le but du féminisme (pour autant qu'un mouvement aussi vaste et hautement divisé puisse avoir un "but") est d'élever les femmes au même niveau de droits et de respect auquel les hommes ont eu droit pendant des siècles. Son but est de rendre les hommes et les femmes égaux, et non pas de réduire les hommes à l'état de sous-humains dans un quelconque but de vengeance absurde.

À noter que cela n'a pas toujours été le cas : le féminisme vient par vagues, et il y eut des périodes durant lesquelles la haine ouverte des hommes était répandue parmi les féministes, plutôt que de n'être qu'une position radicale et marginale. Aujourd'hui encore, il est bien trop facile d'assumer que parce que les femmes ont traditionnellement disposé de moins de pouvoir que les hommes dans de nombreuses situations, il est alors toujours approprié de priver les hommes de ce pouvoir et de le donner aux femmes à la place. Mais en termes de féminisme moderne, du moins en théorie, il s'agit moins de l'idée centrale du mouvement et plutôt d'un excès auquel adhèrent certains féministes.

Les féministes brûlent des soutiens-gorge.

Dans les années 1960 ont eu lieu des évènements publics durant lesquels des féministes jetaient des soutiens-gorge, des talons hauts, et d'autres articles de mode dans des poubelles afin de protester contre les standards de beauté irréalistes. Un article de journal a comparé ces actions aux jeunes hommes brûlant leurs ordres d'incorporation durant la Guerre du Vietnam. Les deux évènements finirent par être mélangés l'un à l'autre dans l’inconscient collectif, donnant naissance au mythe des autodafés de lingerie qui perdure encore aujourd'hui. Certains groupes individuels de féministes ont certainement effectué cela à une échelle plus réduite, mais il n'existe aucune trace concrète d'autodafés de masse publiquement exposés (contrairement aux autodafés d'ordres d'incorporation), et cela ne semble pas avoir été une tactique répandue de démonstration publique.

Les féministes sont des harpies hargneuses et acariâtres

L'analyse d'un diagramme de Venn démontre que l'ensemble des harpies hargneuses et acariâtres et l'ensemble des féministes s'intersectent, mais ne sont pas équivalents, et que l'un ne dépend absolument pas de l'autre.

Il arrive que les féministes apparaissent comme des Rabat-Joies : vous êtes tranquille, faites une blague à propos d'une Cible Acceptable, et soudain un féministe signale que "Hé, c'est pas vraiment drôle". Découvrir ses propres préjudices, conscients ou non, n'est pas agréable, et certaines personnes préfèrent Tuer le Messager que confronter la façon dont ils ont été influencés par la société.

De plus les féministes peuvent apparaître comme constamment en colère de façon générale, pestant constamment contre tout ce qui est mal à propos de tout, et agissant comme si la société était une immense dystopie. Pour dire les choses simplement, Le Connard N'a Pas Tort. Imaginez le tollé lorsque Brock Turner fut reconnu coupable de trois actes d'agression sexuelles graves, punissables de 6 ans de prison... et n'a écopé que de trois mois fermes car le juge pensait qu'il méritait de la clémence. Et par dessus cela, réalisez que le cas de Turner, condamné à la prison, était déjà extrêmement minoritaire : près de 97% des agresseurs sexuels se tirent d'affaire sans écoper d'une condamnation ou d'une sanction. Cela indigne les féministes parce que cela indignerait n'importe qui (à l'exception peut-être de Brock Turner lui-même). Ajoutez à cela les nombreux, nombreux autres sujets dot les féministes s'inquiètent (salaires inéquitables, doubles standards, problèmes de genre et de sexe, les pays où le patriarcat n'est pas contrebalancé par le féminisme, ...) et il n'est honnêtement pas surprenant qu'elles se montrent plutôt remontées.

Les féministes pensent être les seules à être atteintes par le sexisme, et se fichent des problèmes des hommes.

Il est relativement admis dans les cercles féministes que le sexisme affecte bel et bien les hommes de nombreuses façons différentes. La controverse naît de ce qui devrait être fait à ce propos. Les problèmes de sexisme envers les hommes disparaîtront-ils d'eux-même avec le patriarcat ? Ou y a-t'il raison à organiser un mouvement pro-homme ? Certains féministes se concentrent spécifiquement sur les façons dont l'oppression masculine et l'oppression féminine sont liées ; par exemple, beaucoup considèrent que les entreprises devraient accorder des congés de paternité afin que les pères puissent passer du temps avec leurs enfants, et que les femmes ne soient pas immédiatement considérées comme responsable de l'élevage des enfants. À l'inverse, de nombreux féministes, considérant que les femmes sont plus affectées par le sexisme que les hommes, peuvent être ambivalents, dédaigneux, ou même obstructionnistes envers les efforts visant à s'occuper des problèmes des hommes.

Une question particulièrement controversée est soulevée par les blogs ou sites féministes mettant en place des règles contre les discussions à base de "oui mais les hommes". Ces règles sont généralement en place par expérience. Lorsque le féminisme est apparu dans les années 1970, un mouvement homologue pro-féministe est apparu, nommé "mouvement de libération des hommes", qui affirmait (encore une fois, sans controverse) que le sexisme affectait aussi les hommes. Ce mouvement a fini par se muer en discours académique, et/ou a été partiellement assimilé par le féminisme lui-même, puisque leurs buts ne s'opposent pas. Cependant, un groupe séparatiste, le "mouvements pour les droits des hommes", commença à faire campagne activement contre le féminisme, mettant en avant l'idée réactionnaire que la société devrait revenir sur certains des accomplissements féministes (ceci est controversé, mais ce n'est pas l'endroit pour en discuter). Pour des raisons évidentes, les activistes de ce mouvement ont tendance à trouver beaucoup à redire sur les sites traitant de féminisme, résultant en des débats enflammés, voire blessants, ou pire. C'est en partie la raison pour laquelle les féministes ont tendance à contrôler à quel point ce point de vue peut être exprimé dans leurs discussions.

Pour des raisons de terminologie, certaines personnes associent le terme "hoministe" aux personnes qui se concentrent sur les problèmes des hommes en tant que complément du féminisme, et "masculiniste" à celles qui perçoivent le mouvement féministe comme dangereux pour les relations de genre, la société, et/ou leur estime de soi).

Même lorsque des hoministes ou des hommes féministes sont impliqués dans la discussion, il demeure une considération d'ordre idéologique. S'il n'est pas controversé de faire remarquer que le sexisme affecte également les hommes, le ton de la discussion n'est pas le même lorsque c'est un homme qui fait cette remarque. Il est alors facile de suggérer qu'il ne s'intéresse pas réellement aux problèmes des femmes du moment que ceux-ci ne l'affectent pas.... ce qui, outre le fait qu'il s'agit d'une attitude relativement déplorable, va complètement à l'encontre du principe du féminisme.

Enfin, il y a le fait que le féminisme moderne inclut (ou devrait inclure) les personnes non-binaires, et que le genre est spectre avec l'extrême masculinité d'un côté, l'extrême féminité de l'autre, et beaucoup d'espace entre les deux. Pour les féministes qui adhèrent à cette vision, déclarer que seules les femmes sont opprimées à cause du patriarcat est une façon d'ignorer toutes les personnes non-cisgenres qui sont déjà régulièrement laissées pour compte dans de nombreuses situations.

Critiques récurrentes envers le féminisme

De nos jours, lorsque l'on parle du genre sur Internet, la simple mention du mot en F peut rapidement dégénérer en des discutions inflammatoires pouvant s'étendre sur des semaines entières, poussant les nouveaux arrivants à s'interroger sur le nombre impressionnant de menaces de mort et de viol lancées dans toutes les directions. Pour pouvoir s'aventurer au sein de ce champ de mines rhétorique, voici quelques critiques fréquemment exprimées au sujet du féminisme :

Si c'est une question d'égalité des genres, pourquoi cela s'appelle-t'il le 'féminisme' et ne se concentre-t'il que sur un seul genre ?

Parce que le mouvement est apparu à une époque où les femmes étaient clairement considérées comme inférieures aux hommes d'un point de vue à la fois social et institutionnel. Il s'est concentré sur les femmes parce que les hommes occupaient déjà des positions de pouvoir par rapport aux femmes de classe socio-économique équivalente. Ce sont les femmes qui avaient besoin d'être élevées au niveau des hommes, qui étaient perçus comme détenant plus de pouvoir. Quant à l'accusation de sexisme du fait de ne se concentrer que sur un seul genre, un contre-argument pourrait être que cela rendrait le mouvement des droits civiques était raciste, car il ne concernait que les noirs, ou que le mouvement LGBT était intolérant car il ne s'occupait pas des problèmes des personnes hétérosexuelles.

D'accord, le féminisme classique visait l'égalité, mais le féminisme moderne est empli de misandres qui détestent les hommes et de femmes privilégiées qui ne s'intéressent qu'à des problèmes superficiels.

Il n'y a pas de féminisme "moderne" dans le sens d'un mouvement unifié avec les mêmes objectifs et idées actuels. Comme noté précédemment, bien que les différentes vagues de féminisme soient divisées par périodes temporelles, le féminisme en tant que théorie est plus justement divisée par ses différentes tendances politiques. Ce que les détracteurs tendent à qualifier de féminisme "moderne" n'est en réalité que l'une de ces tendances, et pas nécessairement la plus répandue. En réalité, de nombreux féministes d'autres courants ont critiqué le féminisme libéral et/ou radical pour les mêmes raisons.

De plus, il y a une tendance parmi les anti-féministes consistant à se décrire comme des féministes "seconde vague", dans l'idée que le féminisme plus ancien était moins haineux et plus terre-à-terre, malgré le fait que les attitudes 'anti-hommes' les plus virulentes étaient plus prédominantes durant la seconde vague que durant la troisième.

Ce que les féministes prétendent combattre, le 'patriarcat', n'existe pas. Certains hommes on forcément la vie aussi dure que la plupart des femmes.

Il s'agit d'une critique quelque peu compréhensible puisque le mot "patriarcat" est communément utilisé pour désigner le pouvoir masculin. Si l'on désigne par pouvoir le fait de "contrôler sa propre vie", alors les hommes sont tout aussi dépourvus de pouvoir que les femmes. Un contre-argument répandu est de distinguer différentes sortes de pouvoir. Lorsque les féministes mentionnent le patriarcat, cela ne signifie pas que les hommes ont plus de pouvoir que les femmes dans l'ensemble, mais qu'ils ont un plus grand pouvoir institutionnel ; autrement dit, que la capacité de prise de décision quant à la gestion de société est principalement détenue par des hommes, et que cela perpétue une division hiérarchique entre les hommes et les femmes. Pour reprendre un terme populaire, le féminisme considère que les hommes ont plus de "privilèges". Définir le pouvoir comme la capacité de contrôler sa propre vie est quelque chose que les féministes appellent le pouvoir de faire, ou "power-to". Mais il existe un autre type de pouvoir, celui dont certains disposent sur la vie d'autrui, appelé pouvoir sur quelqu'un, ou "power-over". Lorsque les féministes parlent de patriarcat, ils se réfèrent au pouvoir sur quelqu'un, et non pas au pouvoir de faire quelque chose.

Les féministes sont également en désaccord quant aux origines du patriarcat. Les féministes marxistes et socialistes considèrent que les racines de celles-ci remontent à la division du travail entre hommes et femmes qui s'est développée avec la propriété privée, tandis que les anarcha-féministes avancent qu'elle coexiste avec plusieurs autres hiérarchies entrecroisées, et qu'il existe des contextes où les hommes sont désavantagés vis-à-vis des femmes.

Si c'est une question d'égalité, cela ne devrait-il pas s'appeler 'égalitarisme' ?

L'un des problèmes est que, pour un grand nombre de féministes, ce n'est pas qu'une question d'égalité. Beaucoup, comme Germaine Greer, se préoccupent également de la libération de la femme du concept de rôles assignés par genre, et non pas simplement d'une égalité économique et sociale. Le terme "égalitarisme", s'il était adopté, laisserait de côté un aspect théorique crucial pour de nombreux féministes. En l'espèce, la seconde vague féministe était à l'origine appelée le mouvement de libération de la femme, et non pas le mouvement d'égalité. La raison pour laquelle le mot "égalité" a tendance à être plus souvent utilisé est que l'égalité des genres est vue comme une composante essentielle de l'objectif plus général qu’est la libération des genres. De nombreux féministes avanceront également l'argument qu'un terme tel que "égalitarisme" banalise les formes de discrimination individuelles en regroupant toutes les formes de discrimination (sexisme, racisme, homophobie, transphobie, classisme, intolérance religieuse, etc...) sous une même bannière. Cela signifie qu'une attention spécifique ne serait pas portée à chaque problème individuel.

Oh, et "égalitarisme" est déjà pris.

Si c’est une question d'égalité et de liberté pour tous, cela ne devrait-il pas s'appeler 'humanisme' ?

Encore une fois, le terme est déjà pris. L'humanisme, apparu durant la Renaissance, prône l'empirisme et le libre arbitre humain, et n'a pas spécifiquement à voir avec la discrimination sexuelle, ce qui est et a toujours été ce sur quoi porte le féminisme (bien que la plupart des humanistes actuels soutiennent le féminisme).

Puis-je vraiment faire confiance au féminisme, un mouvement qui se définit uniquement par rapport aux femmes, pour s'intéresser aux problèmes des hommes ?

Il s'agit en fait d'une question intéressante, et est en partie la raison pour laquelle le Mouvement de Libération des Hommes est apparu dans les années 1970.

Ce qu'il y a à comprendre est que les féministes ne s'opposent pas (en général) aux gens se concentrant sur les problèmes masculins, du moment qu'ils se perçoivent comme un complément au féminisme plutôt qu'un mouvement opposé. En effet, certains féministes adhèrent également aux mouvements hoministes (même s'ils n'apprécient pas forcément cette dénomination) et discutent activement autour des problèmes masculins, que ce soit indépendamment ou en relation avec les problèmes féminins. Comme l'a déclaré l'auteure féministe Laurie Penny, "les hommes et les garçons ne sont pas encouragés à parler de leur douleur. Penser sous un nouvel angle au sexe, au genre et au pouvoir (appelez ça le féminisme ou l'hominisme ou peu importe tant que vous le faites) peut aider les hommes à gérer cette douleur".

Il est aussi à noter que les relations de genre sont un cercle fermé. Comme le décrit cette citation typiquement attribuée à Margaret Atwood, "Les hommes ont peur que les femmes se moquent d'eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent.". Ce n'est pas une exagération : la moitié des femmes victimes d'homicides sont tuées par un conjoint, ex-conjoint ou compagnon, sans compter les crimes de viol et de meurtre sur des inconnues. Ce que font les hommes affecte les femmes, et le féminisme concernant le sort des femmes, il concerne ainsi également, du moins par association, le sort des hommes.

Les féministes sont en général opposées aux militants des droits des hommes, qui considèrent que le féminisme va trop loin et désavantage grandement les hommes.

Si le féminisme vise à démanteler les privilèges masculins, cela ne veut-il pas dire que les hommes auront moins d’opportunités qu'avant ?

Oui... et en même temps, non.

Premièrement, une façon de voir les privilèges est qu'il s'agit d'avantages dont une personne dispose alors qu'elle ne le devrait pas ; la vie penche en sa faveur. Pour établir un parallèle : si un homme et une femme sont en lice pour devenir héritier, et sont tous deux qualifiés pour le devenir, ils ont chacun 50% de chances d'y parvenir. Cependant, si seuls les fils peuvent hériter, l'homme a alors 100% de chances d'y parvenir, tandis que la femme n'en a aucune.note  Accorder à la femme une opportunité égale signifie effectivement retirer 50% des chances de l'homme. Cela ne lui retire pas ce qu'il mérite d'avoir, comme ses droits et ses libertés, mais il perd ses avantages non-mérités. Cela n'est certes pas une consolation que de lui rappeler qu'ils n'étaient pas mérités, mais le fait est qu'ils ne l'étaient pas, et il devra s'y faire.

Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Le patriarcat, que les féministes cherchent à démanteler, est défini comme l'intégralité d'un système d'avantages que personne ne mérite. Le fait est, cependant, que cela inclut la totalité du contraste des genres. Les facettes de la vie sont définies comme Toujours Masculins ou Toujours Féminin ; mais le féminisme cherche à se débarrasser entièrement de cette catégorisation. Dans l'idéal, aucune facette de la vie ne serait hors-limites pour quiconque. Personne n'aurait de problèmes parce qu'ils agissent en contradiction avec les stéréotypes de genre, et il n'y aurait pas d'animosité entre les genres. Plutôt que des "privilèges", les hommes et les femmes auront des "possibilités". L'idéal serait une méritocratie au sein de laquelle chacun pourrait faire usage de ses talents, quels qu'ils soient, du mieux qu'il le peut.

L'un des objectifs centraux du féminisme est de réduire le diagramme de Venn des "schémas masculins" et des "schémas féminins" jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de schémas "Toujours Masculins" et "Toujours Féminins". Beaucoup de progrès ont déjà été faits dans cette direction, en particulier en ajoutant les éléments du "Toujours Masculin" dans le "Toujours Féminin", et inversement. Mais pour quelqu'un qui considère que tout doit être classifié en "Toujours Masculin" et "Toujours Féminin" ; en d'autres termes, quelqu'un en accord avec le système passé et actuel, et donc avec le patriarcat ; alors oui, la liste du "Toujours Masculin" donne l'impression d'être constamment réduite, et "qu'être un homme" devient l'équivalent d'être le "méchant". Si cela est problématique, il est bon de se rappeler que cette assomption, que les schémas se doivent d'être toujours masculins ou toujours féminins, mérite d'être réévaluée. Le féminisme, de manière générale, n'essaye pas de détruire la masculinité, mais de la redéfinir, d'une façon qui la rend plus confortable pour tous, pour les femmes comme pour les hommes.

Mais pour en venir au fait, oui : les avantages dont disposent certaines personnes leur seront retirées. Les hommes devront accepter de jouer sur un terrain équitable.

Vocabulaire féministe

  • Agentivité : La faculté d'une personne à agir pour soi-même. Si quelqu'un essaye de les contrôler, ou parle à leur place, ou encore refuse de la laisser prendre ses propres décisions, il lui dénie son agentivité. Lié de près au concept d'autonomie.
  • Binarité de Genre : La dichotomie catégorisant toutes les choses (même celles qui n'ont de lien ni avec le sexe ni avec le genre) en "masculin" ou "féminin", plutôt que de les considérant comme existant sur un axe continu, avec un grand nombre de gens situés à ses extrémités. L'un des plus gros problèmes que les féministes ont avec la binarité du genre est qu'elle tend à systématiquement hiérarchiser les genres, et à accorder à la masculinité un rang supérieur.
  • Intersectionnalité : Prendre en compte tout ce qui peut marginaliser quelqu'un : pas seulement le sexe et le genre, mais aussi la couleur, l'orientation sexuelle, l'ethnie, la validité, la classe sociale, etc. Par exemple, être une femme de couleur signifie être exposée à la fois à la misogynie et au racisme. De plus, une femme de couleur subit la misogynie différemment d'une femme blanche, et le racisme différemment d'un homme de couleur.
  • Objectivation : Réduire quelqu'un du statut de "sujet" à celui d'"objet". Ignorer ou retirer tout ce qui fait de quelqu'un une personne à part entière, et ne les considérer ou représenter que comme des objets. Au sein du féminisme se pose le problème de l'objectivation sexuelle, où les femmes sont privées de leur agentivité dans le but d'en faire des objets voués à satisfaire les désirs des hommes hétérosexuels ; ce qui diffère de simplement représenter les femmes de façon sexy, quelque chose qui peut se faire sans les priver de leur agentivité.
  • Pouvoir : Grossièrement, la capacité à prendre des décisions, c'est-à-dire à définir sa propre situation. Les féministes distinguent le pouvoir de faire quelque chose, ou "power-to" (le contrôle de sa propre vie) et le pouvoir sur quelqu'un, ou "power-over" (le contrôle de la vie d'autrui). Ils considèrent que le pouvoir de faire est essentiel à l'empouvoirement des femmes, et que le pouvoir sur quelqu'un dont les hommes disposent par rapport aux femmes est l'un des principaux obstacles à l'égalité et à la libération des femmes. L'objectif général du féminisme peut être perçu comme visant à maximiser le pouvoir de faire et à minimiser le pouvoir sur quelqu'un, afin qu les femmes, et les ges en général, puissent contrôler leur propre vie sans qu'elle soit contrôlée par d'autres.
  • Privilège : Les avantages (liés aux inconvénients) dont dispose une personne au cours de sa vie. Tout ce qui chez une personne peut rendre sa vie plus simple que celles des autre personnes de son groupe social. Lorsque l'on demande à quelqu'un de "vérifier ses privilèges", on lui rappelle de reconnaître ceux-ci. Par exemple, si vous êtes un homme blanc hétérosexuel, votre expérience est différente de celle d'une femme homosexuelle de couleur ; vous êtes par exemple en mesure d'embrasser la personne que vous aimez en public et de ne pas entendre quelqu'un vous crier de "retourner dans votre pays". Il est important de noter que les privilèges dépendent du contexte, et profiter d'avantages dans un certain contexte ne se signifie pas que l'on n'est pas désavantagé dans d'autres ; certaines personnes utilisent ainsi leurs inconvénients contextuels pour prétendre subir des inconvénients à l'échelle globale.


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